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Jérôme Cassan, directeur général de Pôle Sud

jeudi 01 avril 2010

« Produire durable, ça n’est pas plus coûteux »


Le glacier Pôle Sud, installé à Lézignan-Corbières, est engagé depuis 2003 dans des démarches de développement durable. Après la protection de l’environnement, l’heure est aujourd’hui pour l’entreprise audoise à la poursuite du travail engagé sur le volet social.

LMH : Votre entreprise, Pôle Sud, fait partie des pionnières en Languedoc-Roussillon pour son intérêt envers les démarches de développement durable. À quand remontent les premières actions ?
Jérôme Cassan : Nous sommes en effet engagés depuis 2003 dans des actions de développement durable. Nous avons entamé ce processus naturellement et, comme beaucoup d’entreprises, par la protection de l’environnement, avec l’aide notamment de l’Association régionale des industries agroalimentaire. Puis en 2005 nous avons réalisé un bilan carbone. Et depuis 2009, nous sommes engagés dans la certification AFAQ 1000NR.

LMH : Quelles ont été les premières actions mises en place ?
J. C. : Pour la partie environnement, nous avons travaillé principalement sur l’énergie, l’eau et les déchets. Avec des résultats très concluants puisque nous avons réduit de près d’un tiers notre consommation d’eau. Nous sommes dans le même temps parvenu à maintenir notre ratio de consommation d’énergie stable en dépit de l’ajout de nouvelles machines. Toujours dans le même temps, nous avons également tenu notre production de déchets et ce, malgré le développement de notre activité et de notre production.

LMH : Comment cela s’est il traduit dans la pratique ?
J. C. : Par des choses assez simples finalement. Pour l’eau, nous avons procédé à des adaptations techniques. Nous avons ainsi installé partout où nous pouvions des réducteurs de débit, des coupe-circuits. Après le tri, nous sommes en train de travailler à mutualiser nos déchets avec les autres entreprises de la zone industrielle, sous l’impulsion d’une association de chefs d’entreprises de la ville, dont je préside la commission environnement. L’idée est de gérer collectivement nos déchets sur notre zone d’activité. Par exemple, nous pouvons très bien confier les huiles usagées de nos machines après maintenance au garagiste installé à côté parce qu’il a l’habitude de traiter ce type de déchets, ce qui n’est pas notre cas. Mais il est aussi impératif que les collaborateurs soient impliqués.

LMH : Les salariés sont-ils un frein à la mise en place de tels chantiers ?
J. C. : Non, pour réussir nous sommes obligés de provoquer l’adhésion de nos collaborateurs. Pour cela, je crois qu’il est nécessaire qu’il y ait un engagement fort de la direction de l’entreprise et des actions exemplaires pour traduire l’importance de l’enjeu pour les salariés. Cela passe notamment par de la communication interne, mais aussi par la mise au point d’objectifs chiffrés et la publication de résultats. Nous avons insisté sur l’énergie parce que c’est un très gros poste de dépenses pour nous, mais aussi, plus sur le plan symbolique pour l’eau, joué sur le fait que notre région a besoin d’eau. Il faut parvenir à leur faire comprendre que c’est un comportement important, pas seulement dans l’exercice de leur métier, mais aussi comme simple citoyen.

LMH : Vous avez été audité récemment dans le cadre de la norme AFAQ 1000NR…
J. C. : Oui, cette norme est un outil de mesure de la cohérence globale des actions entreprises en matière de développement durable qui porte sur 1 000 points. 500 points pour la partie « moyens » et 500 pour la partie « résultats ». Cinquante et un critères sont passés au crible lors de l’audit. Personnellement, nous avons été crédités du statut « en progression », le deuxième de la grille qui va de « engagement » à « exemplarité ». Cela nous indique ce qui reste à faire !

LMH : Avez-vous travaillé sur les autres piliers du développement durable, à savoir l’économie et le social ?
J. C. : Oui, parce que nous avons signé la charte développement durable de l’Aria Languedoc-Roussillon, nous abordons aujourd’hui la partie responsabilité sociale qui nous incombe en tant qu’entreprise. Nous avons mis en place un intéressement pour nos collaborateurs et travaillons à une politique d’évaluation et de formation individualisée pour nos salariés. Nous nous sommes aussi penchés sur la responsabilité de nos produits en quelque sorte, par la nutrition, nous avons ainsi pu faire baisser de 15 % le taux de sucre contenu dans nos glaces en 15 ans.

LMH : Les démarches de développement durable sont souvent perçues comme étant onéreuses et ne rapportant rien, économiquement parlant. C’est votre avis ?
J. C. : Personnellement, je ne suis pas persuadé que cela coûte de l’argent. Il en faut naturellement pour pouvoir conduire à leur terme les actions engagées, mais je suis sûr qu’il est possible de faire coïncider ces démarches, en apportant des réponses à des problèmes coûteux, avec la performance de l’entreprise. Donc avec l’économie.

LMH : Valorisez-vous commercialement cet engagement ?
J. C. : À dire vrai, non, pas du tout. Nos clients sont pour 98 % des restaurateurs qui ne sentent pas encore concernés par la thématique développement durable. Donc ce n’est clairement pas un argument d’image ou de vente, mais s’ils nous posent la question, naturellement nous sommes en mesure de répondre. Et puis, nous ne sommes pas entrés dans le développement durable pour en faire un vecteur de communication, c’est pour nous réellement une démarche citoyenne. Nous allons donc poursuivre, en menant cette année, donc, une réflexion approfondie sur la structuration de notre démarche de ressources humaines et en réfléchissant conjointement à la production d’énergie.
Propos recueillis par Yann KERVENO

Un spécialiste de la glace haut de gamme

Pôle Sud est une entreprise spécialiste des glaces dans le segment haut de gamme. Elle dispose de 250 parfums et d’une banque de données de 1 500 recettes différentes.
« Notre spécialité est d’être capable de fabriquer des glaces selon la demande » précise Jérôme Cassan, directeur général. Les clients de Pôle Sud sont pour 98 % des restaurateurs commerciaux. Sur le site de production de glace, situé à Lézignan-Corbières dans l’Aude, l’entreprise emploie une quarantaine de collaborateurs. Outre son service aux restaurateurs, Pôle Sud a aussi développé un réseau de franchises de glaces à emporter sous l’enseigne Louise. L’entreprise fait partie du groupe La compagnie des desserts, également basé à Lézignan-Corbières, qui emploie un effectif total de 330 collaborateurs.


CVexpress

Ingénieur agroalimentaire, diplômé de l’ENITIAA (École nationale d'ingénieurs des techniques des industries agricoles et agroalimentaires) de Nantes.

1997
Intègre Pôle Sud à Lézignan (Aude).

2000
Quitte Pôle Sud pour Prolainat (à Aubiet, dans le Gers).

2003
Revient à Pôle Sud en qualité de directeur général.


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