PREVISIONS OPERATIONNELLES |
jeudi 03 décembre 2009 |
La « gestion climatique » gagne en précision
La société Climpact a fait gagner à Bonduelle Traiteur plusieurs centaines de milliers d’euros depuis 2007, en l’aidant à mieux prévoir les effets de la météo sur les commandes de chaque référence.
Quand il pleut, Bonduelle Traiteur vend moins de salades, Nestlé Waters moins d’eaux minérales. Les deux industriels calculent finement l’impact de la météo sur leurs ventes, avec l’aide d’un spécialiste de la gestion du risque climatique. « Faites du climat votre meilleur allié », propose Climpact, société née de l’idée que 80 % de l’économie est « météo-sensible ». Climpact aide les entreprises à mieux gérer leurs plannings en fonction des prévisions météorologiques dans les zones de consommation, à dimensionner leurs outils de production et lisser leur main d’œuvre, à évaluer enfin leurs performances commerciales afin d’optimiser leur développement. Sous le titre un peu ronflant de « leader européen de la business intelligence climatique », œuvrent 23 experts, une matière grise émanant principalement de l’institut Pierre-Simon Laplace des sciences de l’environnement et des plus hautes institutions et pépinières scientifiques (1). Climpact utilise les meilleures sources mondiales de prévisions météo selon le moment et le marché couvert par son client. L’influence de la météo sur le commerce est à distinguer des variations saisonnières, a expliqué Régis Bourbonnais, professeur à l'université de Paris-Dauphine, à une conférence co-organisée par Climpact et le journal Supply Chain Magazine, à quelques jours du salon Progilog (les 25 et 26 novembre à Paris), où Climpact exposait. « On sait vraiment calculer les effets de la météo sur les ventes, affirme Harilaos Loukos, président cofondateur de Climpact, ils sont même mieux quantifiables que les effets promo ».
89 % de fiabilité chez Bonduelle Traiteur
Gérard Perroud, directeur industriel de Bonduelle Traiteur, a témoigné à la conférence de Climpact. Le pôle traiteur de Bonduelle a déployé la solution Climpact à partir de 2007 et bénéficie aujourd’hui d’un réel retour sur investissement. Son problème est d’écouler 134 références « météo-sensibles » en quelques jours. Pas évident quand la moindre variation de température peut faire chuter ou doper brutalement les ventes, engendrant des rebuts ou des ruptures de livraison. Améliorer les prévisions de consommation quotidiennes et hebdomadaires permet d’adapter l’offre à la demande tout en optimisant les coûts de production. Le traiteur a le souci de toujours améliorer ses prévisions opérationnelles. Pour chaque point gagné sur son taux de fiabilité, il économise au moins 100 000 euros en année pleine. Avec Climpact, ce taux est passé de 83,5 % à 89 %, soit 4,5 points gagnés et 450 000 euros effectivement économisés.
L’optimisation de la production se fait produit par produit, par une approche individuelle de l’unité de stockage, la « stocking keeping unit » (SKU). Grâce à elle, le taux de rebut s’est réduit de moitié (soit une économie de plusieurs centaines de milliers d’euros en cas d’événements climatiques extrêmes) et le taux de service, comptabilisant les commandes honorées, a augmenté de 0,15 point à 99,5 %.
Des indices directement exploitables
Bonduelle Traiteur utilise un outil de prévision à trois mois et un autre outil à dix jours. La prévision à long terme lui sert à gérer ses ressources humaines. La prévision à court terme lui sert à gérer sa production. L’industriel reçoit des indices climatiques de la demande qui sont directement exploitables. Ceux-ci s’intègrent automatiquement à ses systèmes de gestion industrielle. Il bénéficie de deux autres composantes de la solution : un portail client assorti d’outils d’analyse et un classement des produits les plus « météo-sensibles », ainsi qu’un accompagnement permanent qui lui donne droit à un système d’alerte.
En pratique, la sensibilité des produits à la météorologie a été mesurée sur la moyenne climatique des dix dernières années, à partir des données génériques de sorties de caisse en magasin (IRI) ou d’autres panels de consommation, ainsi qu’à partir de l’historique des ventes de Bonduelle. Cet historique a été « nettoyé » des événements climatiques exceptionnels (comme juin et août 2003 et juillet-août 2006). C’est ce qui augmente la fiabilité de la prévision opérationnelle. Le choix a été fait d’un indice quotidien traduisant un aléa climatique pour un produit donné. C’est cet indice qui s’intègre automatiquement dans le logiciel de prévision FuturMaster de l’usine. Il est toujours validé par les prévisionnistes de Bonduelle Traiteur. Ce qui permet d’affiner toujours davantage les prévisions.
(1) : CNRS, Commissariat à l’énergie atomique (CEA), École polytechnique, École normale supérieure, Institut pour la recherche et le développement, université de Paris VI, université de Saint-Quentin-en-Yvelines.
Sylvie CARRIAT