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Recherche et développement

jeudi 07 janvier 2010

Biodiesel d’origine animale : projet ambitieux en Bretagne


Le biodiesel d’origine animale pourrait bientôt faire son entrée sur le marché des biocarburants, à partir de la Bretagne. Un projet de R & D a été récemment labellisé pour transformer en carburant « pêche » des coproduits issus des industries agroalimentaires et halieutiques.

Cette stratégie n’existe encore que sur le papier, sous la forme d’un projet de recherche et développement. Mais dans le paysage du biodiesel, ce projet attire le regard. Parce qu’il s’inscrit comme une alternative au tout végétal de la filière française. Qu’il offre aux industriels la possibilité de valoriser des coproduits jusqu’à présent traités ou détruits. Et parce qu’il doit permettre aux utilisateurs finaux – ici des bateaux de pêche –, de réduire leurs coûts d’exploitation. Lors du tour de table d’Agrogasoil, dans le courant de 2009, il va sans dire que Le Floch Dépollution (Morlaix Finistère), porteur du projet de R & D, n’a eu aucun mal à rassembler ses partenaires.

Des universités aux ports de pêche, un partenariat varié
On y trouve des universités et des centres techniques intéressés par la mise au point du process et la caractérisation des coproduits avant leur transformation en biodiesel, et des industriels finistériens apporteurs de déchets : le salaisonnier Monique Ranou, à Saint-Evarzec (lire le décryptage), le fabricant de saumons fumés Moulin de la Marche (à Châteaulin), deux sociétés de la galaxie de production Intermarché, et un important collecteur de graisses du monde de la pêche, la chambre de commerce et d’industrie de Quimper Cornouaille, qui exploite les six criées des ports de pêche de son territoire (dont celle du Guilvinec), parmi les plus importantes de France.
Cette équipe de projet a pris contact avec Mer-Bretagne, pôle de compétitivité à vocation mondiale ayant pour but de développer les produits et services innovants « qui feront la différence sur les marchés internationaux et créeront des activités et des emplois. » Le projet a été labellisé fin novembre par Mer-Bretagne sur le schéma suivant : développer un pilote industriel capable d’utiliser des déchets issus des activités de la filière pêche et de la filière agroalimentaire contenant de l’huile, des graisses animales de poissons et d’algues pour fabriquer un biodiesel ou du biogaz aux normes européennes (EN14 214).
C’est la première fois qu’un projet de R & D cherche à valoriser les graisses animales autrement que dans les secteurs de la savonnerie, l’oléochimie, le pet-food, l’alimentation animale… quand elles ne sont pas détruites par incinération, relève Mer-Bretagne.

Un pari industriel
Agrogasoil constitue donc un vrai pari industriel. Mais il reste encore beaucoup à découvrir. « Il faut caractériser les déchets, mettre au point les machines de prétraitement (extraction de la partie graisseuse liquide, NDLR) et effectuer les tests sur les machines « utilisateurs », des navires de pêche dans un premier temps », explique Fanch le Bris, en charge de l’innovation chez Le Floch Dépollution.
Les process employés sont d’origine mécanique et thermique pour le prétraitement, chimique (estérification et transestérification) en ce qui concerne le processus de minéralisation des graisses en biodiesel. Il est prévu que toute la phase expérimentale prenne place sur un seul site, dans le bâtiment d’une friche industrielle du port de Douarnenez. Pendant un an, l’unité pilote produira 80 à 100 tonnes de biodiesel à partir de 600 à 800 tonnes de déchets. Agrogasoil prévoit parallèlement de mettre au point la méthanisation des déchets issus de l’extraction de la partie lipidique des coproduits, dans le but de produire de la chaleur réutilisable et de l’électricité revendable à EDF. L’ensemble de cette phase devrait représenter un investissement de 2,7 millions d’euros, normalement subventionné à 40 %.
Si tout se passe bien, le déploiement industriel aura lieu dans un second temps. Mais contrairement à l’industrie du biodiesel d’origine végétale, il s’agira d’unités de taille moyenne, disposées à proximité des gisements de déchets. Fanch le Bris estime que dans dix ans, ce parc pourrait être constitué d’une vingtaine de sites dimensionnés pour fabriquer 5 000 tonnes de biodiesel par an, à raison de 2 à 4 millions d’euros l’unité (hors immobilier). À terme, cette filière pourrait absorber 15 % des graisses animales françaises.
Franck Jourdain
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Un modèle économique à construire

Le plan biocarburants français va au-delà de la directive européenne de 2003 qui oblige les États membres à fixer des seuils d’incorporation de biocarburant dans les carburants pétroliers : au minimum 5,75 % depuis 2008, 7 % dès 2010 et 10 % en 2015. Si le marché des biocarburants a privilégié, jusqu’à présent, la filière végétale, le modèle économique de la filière animale reste à construire. Agrogasoil doit donc faire des apporteurs de déchets et des utilisateurs finaux – les marins pêcheurs dans un premier temps –, de véritables partenaires.


Décryptage

Le salaisonnier Monique Ranou (Intermarché) a produit, en 2008, 39 000 tonnes de charcuteries et près de 5 000 tonnes de déchets, pour une facture de 425 000 euros, explique François Ollivier, directeur général adjoint. Il s’agissait principalement d’os (3 000 t), de viandes souillées, de déchets de dégrillage et de graisses de flottation. À terme, Monique Ranou vendra ces déchets. Mais il retirera un bénéfice infiniment plus important : l’image de son implication dans le développement durable. « Demain, il est probable aussi qu’on nous imposera de nouvelles filières pour recycler les boues de nos stations d’épuration dont l’épandage est de plus en plus mal vécu par les riverains », poursuit François Ollivier. Il a d’ores et déjà fait part des besoins futurs en coproduits d’Agrogasoil aux autres sociétés bretonnes du pôle carné d’Intermarché, parmi lesquelles l’abattoir découpe SVA ou encore les Salaisons celtiques.



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