Café |
jeudi 28 janvier 2010 |
Méo et Fichaux veulent moudre du grain ensemble
Fichaux Industries vient d’acquérir 20 % de Cafés Méo. Les deux torréfacteurs lillois se sont donné 18 mois pour « affiner leur stratégie commune ». Méo devrait lancer une nouvelle gamme au printemps prochain, dont un café bio « Max Havelaar ».
Cerises rouges, cafés verts et petit noir ! Depuis plus d’un siècle, Fichaux et Méo se passionnent pour tous ces « crus », petits et grands, nés voici fort longtemps dans la lointaine Abyssinie. Aujourd’hui, les deux torréfacteurs lillois – que seule la citadelle de Lille sépare – sont passés maîtres dans l’art de l’achat du café vert comme des mélanges de crus. Ils veulent désormais développer de nouvelles synergies, car ils partagent la même vision future du métier de torréfacteur.
Fières de leurs racines nordistes et de leurs capitaux exclusivement familiaux, les deux PME ont annoncé leur rapprochement le 18 décembre dernier, Fichaux Industries entrant dans le capital de Cafés Méo à hauteur de 20 %.
C’est un engagement en deux phases, mais une décision mûrement réfléchie. « Nous ne sommes contraints ni par la conjoncture, ni par des difficultés financières ; nous nous donnons cependant 18 mois pour affiner une stratégie commune », ont déclaré Gérard Meauxsoone et Dominique Ruyant, descendants des fondateurs et respectivement présidents des directoires de Méo et de Fichaux Industries. « Nous voulons avant tout apprendre à travailler ensemble », ont-ils en effet précisé en insistant beaucoup sur leurs complémentarités.
L’un développe en effet sa propre marque et se positionne sur le haut de gamme, quand l’autre torréfie ses cafés verts pour Kraft Foods (28 % des volumes produits) et pour la plupart des grandes enseignes sous marque de distributeur. C’est ainsi que Fichaux ne possède aucune marque propre en GMS, mais travaille à façon pour les principales enseignes, pour la RHF et pour d’autres entreprises. De son côté, Méo réalise presque la moitié de son chiffre d’affaires avec sa marque. Enfin, Méo commercialise 40 % de ses volumes via le commerce équitable (Max Havelaar), quand Fichaux n’en commercialise que 3 %.
Devenir n°1 des torréfacteurs indépendants
Depuis dix ans, Méo et Fichaux ont consenti des efforts technologiques importants, développé des packagings variés et surtout investi massivement dans le marché plus que porteur des dosettes. Fichaux dispose d’un outil industriel de pointe, que ce soit en matière de torréfaction, de conditionnement ou de logistique.
De 2002 à 2009, Méo a investi 7 millions d’euros dans son outil industriel. Sur les cinq dernières années, Fichaux Industries a consacré 9 millions d’euros à ses nouveaux investissements, notamment dans deux nouvelles lignes « dosettes ». « Désormais, nous allons synchroniser nos investissements », viennent d’affirmer les deux responsables.
La mise en commun de leurs moyens de production et le renforcement des équipes commerciales devraient leur permettre de devenir ensemble n°1 des torréfacteurs indépendants. Avec 30 000 tonnes produites par an, ils pèsent désormais 14 % du marché français, se situant devant Legal (deux usines au Havre) et Cafés Richard notamment implanté à Rouen et à Saint-Brieuc (Cafés Lobodis). Dans la foulée de ce rapprochement, Méo doit lancer sa nouvelle gamme de cafés au printemps prochain, en revoyant entièrement son identité graphique et en lançant un café bio sous le label Max Havelaar.
Élargir les parts en MDD
Profitant de la notoriété de la marque Méo au nord de Paris, les deux torréfacteurs comptent bien également élargir leur portefeuille clients et leurs parts de marché en MDD, notamment pour contrer la concurrence belge. Leur développement offrira de fait une alternative crédible aux géants du secteur que sont Nestlé, Kraft Foods ou Sarah Lee. Ils songent d’ailleurs à l’ouverture de nouvelles boutiques. Les cinq magasins actuels (deux à Lille et trois à Paris) « ne pèsent que quelques pourcents dans nos volumes, mais sont importants en matière d’image », note Gérard Meauxsoone.
Créé en 1928 par Jules et Émile Meauxsoone, Méo a produit 6 500 tonnes de cafés en 2008. En sélectionnant les meilleures origines, voire les plus rares, Méo s’est toujours spécialisé dans la sélection et l’importation d’arabicas de qualité pour lesquels il s’est taillé une solide réputation. L’entreprise a su également développer des relations privilégiées avec quelques producteurs de café, obtenant ainsi l’exclusivité de leur production, comme c’est le cas au Guatemala. Méo partage en outre les valeurs portées par Max Havelaar depuis 1999 dans la commercialisation du café équitable.
Quant à la société Fichaux Industries, elle a toujours été à la pointe de l’innovation : conditionnement avec valve assurant une conservation optimale du café, emballages à ouverture facile, création de la marque Carte Noire, nouveau type de torréfacteurs… Mais ses savoir-faire ont été souvent capitalisés par des sociétés commerciales.
Fichaux possède en outre l’un des plus beaux outils industriels français, un atout auquel il faut ajouter une réelle compétence dans l’achat de cafés verts à travers le monde. L’entreprise a développé au cours du temps des partenariats décisifs : le premier lors de son association avec Grand’Mère en 1957, une entreprise régionale fort réputée et dans laquelle Fichaux avait une participation financière – avant son rachat par Klaus Jacobs en 1982.
C’est à partir de ce moment-là que Fichaux développe la marque Carte Noire sur la base d’un contrat à long terme avec Kraft. Avec Intermarché, Kraft sera dès 1987 un client historique, représentant à l’époque près de 85 % des volumes fabriqués.
Mais en 2004, Fichaux Industries rencontre des difficultés quand Kraft décide de réorganiser ses fabrications à partir de ses usines belges et hollandaises. Le torréfacteur nordiste perd ainsi 8 000 des 45 000 tonnes qu’il fabriquait à l’époque. L’industriel a su parfaitement rebondir depuis en diversifiant ses débouchés auprès de la quasi-totalité des enseignes de la grande distribution.
Thierry Becqueriaux