Rapport Cyclope 2010 |
jeudi 27 mai 2010 |
Les denrées agricoles, oubliées du rebond global
Le nouveau rapport Cyclope sur les marchés mondiaux montre que de nombreuses matières premières se relèvent de la crise financière. Les fondamentaux, dont fait partie la demande chinoise, sont en cause. Une embellie dont le blé et les produits animaux ne profitent pas.
L’agriculture, au moins celle des pays tempérés, n’a pas profité de l’embellie intervenue au cours de l’année passée sur les matières premières et autres « commodités » comme les métaux, l’énergie, mais encore le caoutchouc, le coton ou le jus d’orange congelé. Elle est la « grande oubliée » du rebond global, selon Philippe Chalmin, coordinateur du rapport Cyclope dont l’édition 2010 vient de paraître. Si la fin de l’année 2009 fait presque oublier la « descente aux enfers » du second semestre 2008, les céréales et le soja en gardent un goût amer. Les viandes « font toujours figure d’exception », dit le résumé de la synthèse sectorielle : leurs prix ont peu monté avant la crise, mais ont néanmoins fortement reculé (- 9 %) en 2009. Le sucre a certes été « l’incontestable vedette de l’année 2009 », alors que celle-ci, dans sa globalité, s’est inscrite en retrait d’un bon tiers par rapport à 2008 pour l’ensemble des produits bruts. Mais sa dernière chute vertigineuse a fermé la parenthèse.
Nous « pêchions par optimisme »
La conjoncture des marchés a été marquée l’an dernier par deux éléments saillants, la demande chinoise et la faiblesse du dollar, au mépris de l’atonie de la reprise économique mondiale. L’offre de nombreux produits a été réduite, volontairement dans le cas du pétrole, du caoutchouc ou de l’acier, à cause du climat ou des maladies végétales dans le cas du thé, du sucre, du cacao ou des oranges. Le tourteau de soja a profité de la demande chinoise. D’excellentes récoltes céréalières ont pesé sur les cours, sans que la Chine ne puisse les soutenir car elle importe peu de blé ou de maïs. Quant aux viandes, la récession économique a fortement affecté leur commerce international, en particulier la viande bovine, qui est relativement chère. Les prix des peaux de bovins se sont effondrés.
En moyennes mensuelles, le sucre, le thé, le cacao et le tourteau de soja sont avec l’or les seules denrées à avoir évolué positivement par rapport à 2008 (l’indicateur Cyclope est à - 33 %). Mais les reculs du blé et du maïs ont largement fait mentir les prévisions Cyclope de janvier 2009. Nous « pêchions par optimisme » admettent les auteurs. En revanche, le recul de la viande bovine (-17 % selon la FAO, - 9 % pour le bœuf US) n’a pas surpris. Les viandes de porc et de volaille ont été stables selon la FAO, mais le porc européen a glissé de 9 %. La poudre de lait écrémé a perdu 10 %.
Le déficit de thé « devrait encore augmenter »
Changeons d’angle : les variations entre janvier et décembre 2009 sont très positives pour la plupart des commodités (l’indicateur Reuters-CB est à + 23 %). Les marchés mondiaux ont terminé l’année « en fanfare ». Mais pas pour les grains. La poudre de lait écrémé fait exception : ses prix ont été multipliés par deux au second semestre 2009 du fait d’un ajustement brutal de l’offre, après le retour de l’Océanie sur le marché.
Les prévisions de Cyclope pour 2010 dépassent les 10 % de hausse en moyenne annuelle pour de très nombreuses matières premières, à l’exception de la graine et du tourteau de soja, du blé, de l’huile de palme et du sucre. « Malgré le maintien de la demande chinoise en soja », dit un tableau synthétique, l’augmentation de la production de graines « est telle, en particulier en Amérique latine, que les stocks vont peser sur le marché pour l’ensemble de l’année », se risque l’analyste. La demande en huile de soja, dont une partie à des fins énergétiques, aurait été anticipée. Le tourteau devrait suivre l’évolution globale d’un « marché excédentaire affecté par la crise des industries de l’élevage ».
Les stocks de blé SRW (soft red winter) sont au plus haut aux États-Unis. En Europe, les prix du début de l’année 2010 pouvaient être considérés comme des « planchers ». Sauf accident climatique majeur, la reprise des cours européens du blé serait « limitée ». La production d’huile de palme a fortement augmenté, ce qui soumet le prix à la concrétisation des projets de biodiesel. En sucre, le tableau prospectif anticipe un retour aux excédents pour 2010-2011 et une rechute forte. Ce qui est arrivé.
Les prévisions de hausse par rapport à 2009 sont nettes pour trois denrées agricoles : le thé (+ 41 %), le maïs (+ 23 %) et le cacao (+ 21 %). Le déficit mondial de thé « devrait encore augmenter » et le prix du thé serait « un des grands bénéficiaires d’un éventuel El Niño ». Quant au maïs, les très faibles stocks aux États-Unis et l’augmentation de la demande en éthanol conditionneront le prix mondial.
Le marché du cacao enfin, « resterait déficitaire » pour la quatrième année de suite. Périlleux exercice, que cette prospective réalisée en début d’année. Une seule certitude pour 2010, rappelle le rapport Cyclope : l’instabilité sera de mise.
Sylvie CARRIAT