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jeudi 10 juin 2010

Le durable au crible du réalisme économique


Réunis en assemblée générale au Mans, les industriels de l’alimentation animale rappellent que le développement durable passe par la pérennité de leurs entreprises et des filières animales. Et interpellent leur environnement économique et les pouvoirs publics.

Droit au 44 tonnes, modification des cahiers des charges pour le retour concret des graisses animales dans les formules, mutualisation des audits par la reconnaissance du guide des bonnes pratiques : sur fond de baisse des tonnages, les industriels de l’alimentation animale demandent à leur environnement les conditions pour réduire leurs coûts et, avantage collatéral, leur impact environnemental. Réunis au Mans pour l’assemblée générale du Snia le 4 juin dernier, les fabricants privés soulignent combien de telles décisions dépendent, qui des pouvoirs publics, qui de leurs clients. Ils luttent pour leur pérennité car il est impossible de ne vivre que sur les seules filières élitistes, même si celles-ci sont performantes, à l’image du comté. La baisse de plus de 6 % des tonnages français l’an passé, contre -3,8 % pour l’ensemble de l’Europe, montre les difficultés dans lesquelles ils se débattent. À l’autre bout de la chaîne, la pression sur les prix est vive.

Du durable réaliste
« Les consommateurs ont de moins en moins d’argent. Les mères de famille achètent en promotion, je connais des personnes âgées qui consomment des aliments pour chien ou chat » souligne Francis Sentenac (Association FO consommateurs), en expliquant que le développement durable n’est pas la préoccupation première de tous les Français.
« Nous ne faisons pas de l’agriculture d’exception mais de l’agriculture de consommation » renchérit François-Christian Cholat (GAIC). Pas question donc de perdre encore des points de compétitivité face aux importations de produits animaux brésiliens ou asiatiques. « Il faut déterminer les conditions économiques du développement durable sans opposer les différentes formes d’agriculture », estime l’industriel. C’est ce à quoi s’est attachée depuis un an la mission développement durable mise en place par les trois syndicats de la nutrition animale française (Afca-Cial, Coop de France nutrition animale, Snia) et Tecaliman. Ensemble, ils s’engagent sur dix propositions, parmi lesquelles la poursuite du calcul de l’impact environnemental des matières premières (l’empreinte carbone de 95 % d’entre elles a déjà été calculée). Et le soutien à la production protéique en France. Le nouvel indicateur du prix du pois, s’exprimant en fonction des cotations des matières premières qu’il remplace, pourrait permettre de revaloriser cette production et, par conséquent, de la soutenir. Mais, comme l’autonomie protéique française ne constitue pas un objectif économique réaliste à brève échéance, les industriels s’engagent dans une démarche de soutien de la production d’un soja durable (qui ne veut pas dire sans OGM). Sans pour autant affirmer adhérer à la démarche belge de soja certifié (les 100 000 premières tonnes sont arrivées en fin d’année dernière), contrairement à ses confrères néerlandais, britanniques et d’Europe du Nord, le Snia donnait lors de son AG la parole à Yvan Dejaegher, directeur de l’association belge des fabricants d’aliments, à l’initiative de cette démarche.

Pas de rebond prévu cette année
Une semaine avant celle de la Fefac, sa fédération européenne, l’assemblée générale du Snia a donné l’occasion à son président de rappeler la prochaine échéance réglementaire. Le nouveau règlement européen 757/2009 relatif aux règles de commercialisation va en effet entrer en application le 1er juillet. « Il devrait permettre d’améliorer l’harmonisation des règles au niveau de l’Europe notamment en ce qui concerne les pratiques et le statut de certains produits limitant les distorsions de concurrence, citons ici l’exemple du chlorure d’ammonium », explique Adolphe Thomas.
Y. B.
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3e industrie du secteur derrière le lait et la viande

Troisième industrie du secteur agroalimentaire après le lait et la viande, l’alimentation animale se répartit entre 210 entreprises gérant 301 usines et générant 7 milliards d’euros de chiffre d’affaires par an. Le tonnage moyen produit par les entreprises est de 108 000 tonnes et de 75 350 tonnes par usine. *13 entreprises et autant d’usines produisent moins de 1 000 tonnes par an, 12 entreprises produisent plus de 400 000 tonnes pour un tonnage total de 9,6 millions de tonnes (Mt) et 17 plus de 200 000 t pour 4,45 Mt, soit 42,3 % du tonnage national. L’Ouest détient le record de la production : 8,7 Mt en Bretagne ; 3,65 Mt (ce qui représente une concentration exceptionnelle de 320 t au km2) en Pays de Loire ; la région Midi-Pyrénées vient en troisième position avec 1,12 Mt. L’industrie de l’alimentation animale est rassemblée au sein du Syndicat national de l’industrie de l’alimentation animale (Snia). Réuni le 3 juin dernier, le conseil d’administration du Snia a reconduit Adolphe Thomas (Evialis) à sa présidence. Caroline Huttepain (Huttepain aliments) et Alain Guillaume (Glon-Sanders) ont été réélus vice-présidents.



Philippe Cazes

Les Marchés Hebdo : Quelle est selon vous l’évolution prioritaire des industriels de l’alimentation animale ?
Philippe Cazes : Même si cela peut paraître une banalité, le rôle du fabricant d’aliments pour animaux dans un élevage n’a qu’une seule utilité : contribuer à améliorer le système de production de l’éleveur. Dans cette optique, un industriel qui se contente de ne vendre qu’un aliment pour faire tourner son usine à tout prix ne pourra pas longtemps se différencier. La différenciation par le service est inéluctable afin de continuer à donner une valeur ajoutée à l’offre.

LMH : Quels services les industriels peuvent-ils vendre ?
P. C. : Il faut répondre aux demandes de services et de conseils, qui s’accentuent notamment sur l’économie de l’exploitation, la stratégie et l’accompagnement de projets, l’environnement, le législatif, une approche plus globale de l’exploitation. Le nouveau positionnement du fabricant d’aliments pour animaux passe par cet enrichissement du cœur de métier à travers toute une gamme de services. L’approche par le suivi des résultats technico-économiques de l’exploitation conduit à proposer un véritable « coaching » de l’exploitation vers des objectifs économiques définis en commun.

LMH : Mais les entreprises disposent-elles des moyens de cette mutation ?
P. C. : Les équipes de vente ne sont pas actuellement prêtes dans la majeure partie des sociétés, essentiellement parce qu’elles ont été trop longtemps formatées pour faire tourner l’usine par une vente de la technique et de l’aliment. Il faudra donc segmenter les équipes commerciales pour se rapprocher de la vente en industrie avec des vendeurs s’occupant de grands comptes et d’autres des exploitations plus traditionnelles. Il faut donc réorganiser la gestion des équipes, car l’organisation du temps de travail des vendeurs va être impactée : il faut du temps pour s’occuper des grands comptes. La formation des vendeurs à de nouvelles approches commerciales comme le coaching d’exploitation et le recrutement de profils différents de vendeurs-coachs devraient s’accentuer.


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