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jeudi 01 juillet 2010 |
Le bœuf argentin sonné, mais pas K.-O.
Jouissant d’une image intacte et d’un potentiel productif extraordinaire, le bœuf argentin, provisoirement en retrait, a encore de beaux jours devant lui. Tout va très vite dans ce pays sud-américain sans tradition de politique agricole.
La question se pose encore : les Argentins vont-ils importer du bœuf pour satisfaire leur appétit carnivore (60 kg de bœuf par an chacun) ? L’impensable, le comble n’aura pas lieu. En réalité, ils en importent déjà de l’Uruguay, petit pays voisin situé de l’autre côté du fleuve La Plata, mais en quantité anecdotique. Certes, le cheptel allaitant argentin a durement souffert des périodes de sécheresse subies de 2008 à 2009. Et les prix du bétail plafonnés jusqu’à récemment par le gouvernement, qui a aussi suspendu les exportations en 2006 et en ce début d’année, ont énervé et découragé les estancieros.
Moins d’herbe, plus de grain
En Argentine, les grandes cultures, le soja surtout, sont beaucoup plus rentables que l’élevage. Dans ce pays dénué de politiques agricoles, tout va très vite. Entre 2002 et 2008, environ un million d’hectares de prairies par an ont été mis en culture permanente. Par ailleurs, l’engraissement des bovins s’est intensifié. Les feed-lots ont poussé dans la Pampa comme des champignons. Abandon de l’élevage et intensification de l’activité d’engraissement sont les deux grandes tendances qui ont marqué la filière sous l’ère des présidents Néstor et Cristina Kirchner (mari et femme), au pouvoir depuis 2003. La sécheresse n’a rien arrangé : le cheptel allaitant serait passé de 55 à 50 millions de têtes de 2006 à 2009.
Logiquement, l’Argentine devrait exporter nettement moins de bœuf en 2010 qu’en 2009, excellente année pour la filière avec 661 178 tonnes expédiées au prix moyen de 2 500 dollars par tonne, selon le ministère de l’Agriculture argentin. Pour la première fois, exception faite de l’année 2001 marquée par la fermeture de nombreux marchés d’exportation pour cause de fièvre aphteuse, le pays sud-américain n’aurait fourni « pour ce cycle 2009-2010, seulement 60 % des 28 000 tonnes de son contingent Hilton », indique Jean-Luc Mériaux, de l’Union européenne du commerce du bétail et de la viande.
Hausse de 40 % en un mois
Mais déjà, les producteurs argentins bénéficient de l’amélioration des prix du bétail depuis la fin 2009 et l’exportation est moins restreinte qu’avant, sauf en janvier-février après que les prix de la viande de bœuf à l’étal sur le marché intérieur eussent augmenté de 40 % en un mois. C’est justement cet épisode de brusque inflation, due à la pénurie de bétail, qui a forcé le gouvernement à changer de cap. Voyant que sa politique de contrôle des prix conduisait la filière au désastre… et lui avec, les Argentins étant mécontents, il a fait marche arrière en rouvrant les vannes de l’exportation.
À moyen terme, le potentiel productif de l’Argentine reste extraordinaire. La récolte de soja 2009-2010 atteint 55 millions de tonnes et celle de maïs 22 millions de tonnes. Les systèmes d’engraissement n’étant plus à l’herbe, mais à base de maïs et de soja, on comprend que les Argentins n’importeront pas de bœuf de sitôt. D’ailleurs, qui aurait intérêt à exporter du bœuf vers l’Argentine où l’on trouve au supermarché l’entrecôte à trois euros le kilo ?
Marcel Marin