Foie gras |
vendredi 16 juillet 2010 |
Labeyrie couve les petits producteurs du Sud-Ouest
Par l’intermédiaire de son actionnaire Lur Berri dont elle est de loin le premier débouché, la première marque de foie gras engage des éleveurs-gaveurs de canards à prêter une attention particulière aux palmipèdes et à l’environnement.
«Là, ils sont fatigués, ils partent à l’abattoir demain matin à cinq heures », prévient Francis Saphore, éleveur et gaveur de canards gras pour Labeyrie à Auterrive, au Pays basque. Il fait admirer les beaux mâles Mulard, 6 kg vifs en moyenne, avec « au moins 800 g de magret ». Pas prostrés comme on pouvait s’y attendre, mais se dandinant en long et en large dans leur loge collective. Ils goûtent pour quelques heures encore la fraîcheur de la salle de gavage. Les canards élevés en loges collectives peuvent remuer, détendre leurs ailes. D’après l’éleveur, ils développent plus de muscles que les canards gavés en épinette, ces étroites cages individuelles qui seront interdites en 2016. Gare, donc, aux vigoureux coups d’aile. Francis Saphore est un des premiers « petits producteurs » sélectionnés par la coopérative Lur Berri afin de produire le foie gras « responsable et équitable » qui s’installera dans les rayons pour Noël.
Il était à la fois éleveur et gaveur, donc capable d’enchaîner sur la même ferme les deux phases de l’élevage de canards à foie gras, comme cela se pratiquait dans le temps. Il travaillait exclusivement en famille. Équipé depuis près de 20 ans en cages collectives, il avait le profil.
Bon traitement des palmipèdes
Les foies gras Labeyrie « Petits producteurs du Sud-Ouest » seront à l’effigie de douze producteurs. Avec la coopérative Lur Berri, actionnaire qui lui fournit 3 millions de canards gras, le numéro un du foie gras a choisi des éleveurs ayant « une maîtrise du cycle complet de production », ne gavant pas plus d’un millier de canards à la fois, et situés à moins de 100 km de l’abattoir Labeyrie de Came (Pyrénées-Atlantiques). Ces éleveurs, reconnus pour leurs compétences, le bon traitement des palmipèdes et l’impact limité sur l’environnement, ont signé une charte « Certiconfiance », dont l’application doit prochainement faire l’objet d’un contrôle par tiers. Cette certification ajoutera ses spécificités propres à deux démarches, l’IGP Sud-Ouest et l’assurance qualité Agriconfiance garantissant l’encadrement coopératif.
Les contrats émanent de façon historique de Lur Berri ou de Palmitou, sa filiale commune avec Labeyrie. La marque voulait « créer un relationnel encore plus étroit », commente le directeur industriel Produits du Terroir, Emmanuel Chardat. Un lien qui s’étire jusqu’au consommateur, informé sur l’étiquette du nom et du lieu de production du couple Saphore. « Au moins ils savent qu’on existe », apprécie Francis.
« Plaisirs durables ».
Ce dernier est avant tout éleveur de bovins viande : il a cinquante vaches allaitantes charolaises. Mais l’activité paie peu ces derniers temps. Les capteurs solaires, installés sur le toit de l’étable neuve pour rembourser sa construction, attendent d’être branchés pour fournir de l’électricité. Le contrat Petit Producteur de Labeyrie offre un précieux appoint et Francis dit « merci canards ! » La gamme représentera à peine 30 tonnes de foie gras lors de la prochaine saison festive. Le directeur industriel compare ce niveau de production à celui du foie gras entier Pur Terroir, lancé il y a quelque cinq ans, et qui dépasse aujourd’hui les 100 tonnes.
Les consommateurs visés par le foie gras équitable ne sont pas les mêmes que les amateurs de « Pur Terroir », assure Jacques Trottier, récemment promu directeur général de Labeyrie. Il fait confiance à sa responsable du marketing, Julie Bernardet, pour mettre en place, argumente-t-elle, « une structure d’offre claire ». Cette offre se décline entre « plaisirs festifs », « plaisirs créatifs », « plaisirs de tradition » et « plaisirs durables ». Ces derniers incluent, outre le foie gras des petits producteurs, les saumons fumés bio et certifié MSC d’Alaska.
Même si les foies gras Pur Terroir et Petits Producteurs du Sud-Ouest resteront limités en tonnage, ils renforcent la légitimité de la première marque du Sud-Ouest de l’histoire. Le foie gras entier mi-cuit Pur Terroir a décroché au dernier Concours général agricole une médaille d’or et une de bronze. Le livret de présentation du foie gras des Petits Producteurs rappelle que la maison Labeyrie a été fondée en 1946 à Saint-Geours-de-Maremne, par un certain Robert Labeyrie. Il « commercialisait sur les marchés ses foies gras des Landes et saumons fumés de l’Adour ». Le prochain film publicitaire de Labeyrie pourrait bien faire mention de ces racines.
Les liens entre le numéro un du foie gras et la coopérative Lur Berri se sont renforcés depuis l’acquisition à 34 % de cette dernière dans le capital d’Alfesca, le groupe islandais qui le détient. La coopérative a injecté 47 millions d’euros pour cela, bien plus que les 5 millions pour acquérir les plats cuisinés Spanghero. Les adhérents saluent cette initiative suscitée par la crise financière mondiale. Labeyrie est de loin le premier débouché de Lur Berri, après les canards prêts à gaver expédiés en Espagne, qui seront gavés par-delà le massif de la Rhune pour le compte du fabricant espagnol Martiko. Le rattachement de l’adjectif « équitable » aux produits de petits producteurs est d’essence coopérative. Le fait est que Labeyrie l’a adopté.
L’atelier de gavage de Francis Saphore pourrait somme toute paraître assez standard, Palmitou ayant favorisé les petites dimensions en activité d’appoint sur des exploitations polyvalentes. Mais il est à l’opposé des élevages spécialisés de canards prêts à gaver que recrute le groupe actuellement : 4 000 têtes en une seule bande sur 4 hectares de parcours en plein air.
Sylvie CARRIAT