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Région Aquitaine

vendredi 16 juillet 2010

La filière fruits bio cherche encore son point d’équilibre


Quatrième région de production de fruits biologiques, l’Aquitaine a vu ces dernières années arrriver de nouveaux acteurs, tant au niveau de la production que de la commercialisation. Ils tentent de trouver le cercle vertueux qui manque encore à leur système économique.

En 2008, l’Aquitaine se situait au quatrième rang des régions de production fruitière bio avec 1 282 hectares de production, dont 275 en conversion, représentant une augmentation de 12,5 % par rapport à 2007. Selon Interfel, l’interprofession des fruits et légumes frais, la surface en fruits bio devrait atteindre 1 300 hectares en 2009. Les fruits à pépins restent encore sous-représentés, au bénéfice de toutes les autres variétés, la pomme ou le kiwi en première ligne. Des blocages techniques persistent encore au niveau de la production de pêches ou de nectarines, expliquant la prédominance de l’abricot ou de la prune dans les fruits à noyaux. Malgré cette volonté d’accroître la production, la part des importations reste forte. En France, 65 % des fruits et légumes biologiques auraient été importés en 2009, (contre 60 % en 2008) et 20 % de cette valeur aurait été réexportée, selon l’Agence Bio.
Avec sa marque U lancée en octobre 2008, Système U affiche la volonté de valoriser au mieux l’origine France. Pourtant, dans l’un de ses magasins à Gujan-Mestras (Gironde), la part des produits importés n’est pas négligeable. Selon Bertrand Morand, responsable marketing frais métiers au sein de la centrale nationale de Système U, « il faut laisser le choix au client d’acheter un produit d’origine française ou étrangère. Il est plus intéressant de proposer des volumes que d’imposer l’origine France. »

Gérer la contre-saison

Pour développer son assortiment, le magasin se heurte à la gestion de la contre-saison et à la classique répartition 20-80 (20 % des références réalisent 80 % des ventes). Sur les 200 références présentes au rayon fruits et légumes, 17 sont biologiques. « Notre souci est plutôt la contre-saison. Nous voulons sortir rapidement du ratio 20-80 et voir comment faire évoluer notre marque pour l’ancrer dans une logique bio », explique Bertrand Morand. Le magasin s’approvisionne à 70 % auprès de sa centrale d’achat et à 30 % auprès de fournisseurs, majoritairement la société ProNatura. Le citron, le kiwi, la pomme, la carotte et l’orange sont les cinq références qui réalisent les plus importantes ventes. ProNatura a senti l’année dernière un léger flottement du marché. Habitué à une croissance à deux chiffres, le distributeur de fruits et légumes biologiques a réalisé un chiffre d’affaires stable en 2009, dû également à la perte d’un contrat important avec le distributeur Delhaize.

La production reste atomisée

Un défi central est à relever pour la filière fruitière bio : le regroupement de la production, en Aquitaine comme sur le reste du territoire. « La difficulté majeure reste que la production est atomisée. Or, nous avons besoin de points de collecte pour regrouper l’offre », explique Vincent Lestani, directeur de la Cabso, une coopérative du Lot-et-Garonne et des départements limitrophes, fournissant la plateforme Biocoop Sud-Ouest. 40 % des volumes de la coopérative sont ramassés sur des sites de regroupement par les camions Biocoop. Des contrats sont mis en place pour 70 % des volumes avec le réseau. Les 30 % restants sont livrés également à Biocoop, mais sans contractualisation. « Après concertation, un accord est trouvé sur un prix de campagne. Celui-ci est lissé pour limiter l’effet déstructurant des à-coups du marché », souligne Vincent Lestani. « Nous cherchons à travailler avec des producteurs regroupés. Notre objectif n’est pas forcément d’étendre notre zone géographique », précise Philippe Peyron, dirigeant de la plateforme Biocoop Sud-Ouest.
A.-S. L.
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Toujours plus de références tarifaires

Les produits biologiques détiennent chaque année une part plus importante dans l’économie agricole et agroalimentaire française. Sans surprise, cela se traduit par un développement des références tarifaires nationales, outils indispensables pour permettre aux différents opérateurs d’ajuster leur stratégie commerciale en fonction des évolutions de l’offre et de la demande.
C’est dans ce souci d’apporter à ses lecteurs les clés pour une meilleure gestion de leur activité que la rédaction des Marchés diffuse, depuis quelques semaines, les différents relevés hebdomadaires de FranceAgriMer. Ces données économiques sont disponibles dès la page d’accueil de notre site internet lequotidienlesmarches.fr, en accès rapide dans la rubrique « cotations ».
Elles concernent le secteur de la viande, des œufs et de certains produits laitiers. Sans oublier les fruits et légumes, qui représentent la grande majorité des cours relevés sur le terrain au stade de gros (dont le Min de Rungis) et au détail (en grande distribution et dans les magasins spécialisés). Le stade expédition sera, quant à lui, publié d’ici peu.


Henri de Pazzis

Henri de Pazzis
Les Marchés Hebdo : Pensez-vous qu’il y a un manque de production en fruits biologiques en France pour satisfaire la demande ?

Henri de Pazzis : Je suis contre le discours ambiant qui tend à laisser penser qu’il y a un manque de production biologique en France. La croissance du marché biologique est mise en question pour l’instant. Il faut donc être prudent dans notre développement. En Bretagne, par exemple, la filière biologique est fragilisée parce qu’il y a encore un courant important de conversions, alors que le marché n’est pas capable d’avaler cela. Au sein de l’interprofession, nous avons lancé un travail sur l’état du marché, afin de connaître l’orientation des prix et les volumes de production selon les variétés.

LMH : Le temps des 20 % de croissance pour la filière biologique serait-il révolu ?

H. P. : Nous n’allons probablement pas avoir ce rythme de croissance pendant les deux à trois ans à venir, mais il reviendra parce que l’agriculture biologique correspond à des attentes de la société, sur la problématique environnementale notamment.
Nous sommes quand même encore dans une dynamique de croissance, mais elle n’est plus assez forte pour que le marché continue d’absorber les gros volumes de production en monoproduits. Le modèle a déjà beaucoup évolué, avec des cultures plus diversifiées que par le passé. Il est encore amené à changer, mais sur quelles idées ? Toute la question est là.

LMH : Dans cette conjoncture, l’augmentation du rythme de conversion est-elle bonne pour l’équilibre des marchés ?

H. P. : Certains producteurs convertissent leur exploitation sans savoir où ils vont, sans avoir analysé le marché, cela m’inquiète. L’information est fondamentale. Au-delà du constat général, les difficultés sont différentes selon les variétés. La pomme, par exemple, a encore besoin de production, mais la filière n’est pas encore très structurée. Certains prennent toutefois la décision de se convertir en connaissance de cause. Mais il faut faire attention à ne pas déséquilibrer les marchés, notamment sur les fruits, plus sensibles d’un point de vue technique que les légumes.


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