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Gouvernance

jeudi 08 juillet 2010

Comment piloter un grand groupe coopératif


Comment élus et dirigeants de coopératives peuvent-ils gérer des ensembles toujours plus vastes ? Développer ceux-ci sans faire naître un sentiment de dépossession chez les adhérents ? Les exemples de Maïsadour, Siclaé, Euralis et InVivo.

Au sein du groupe Maïsadour (1 milliard d’euros de chiffre d’affaires), la question du partage de l’information avec les adhérents est permanente. Aux yeux de Michel Prugue, président du groupe propriétaire des foies gras Delpeyrat et cofondateur avec Terrena de Fermiers du Sud-Ouest (volailles sous label), le problème ne vient pas tant de la taille du groupe que de la diversité des activités et de sa complexité. Par souci de proximité, les assemblées de sections se tiennent en présence du directeur général et d’un directeur concerné. Pour leur part, les adhérents acceptent de déléguer aux administrateurs. Les orientations stratégiques sont définies démocratiquement. Le conseil d’administration veille à leur respect et à l’efficacité économique.
Sur le plan financier, une holding recouvre toutes les activités d’aval. Comme elle partage avec la coopérative les mêmes organes décisionnels et opérationnels, elle ne fait pas écran. Et la coopérative reste aux manettes. Le retour financier des opérations est un signe fort. À travers lui, l’adhérent vérifie directement leur pertinence. Enfin, des sous-holdings abritent des partenariats avec d’autres coopératives, dans la recherche d’une taille critique sur un marché. Maïsadour s’allie davantage aujourd’hui avec des coopératives qu’avec des groupes privés. Michel Prugue y voit un signe de « maturité économique » des coopératives.

Racines régionales

Autre exemple de holding : Siclaé, qui appartient à plusieurs coopératives du Nord-Est autour de Champagne Céréales, et qui chapeaute Malteurop, NutriXo, Chamtor, Champagne Maïs ainsi que Nestal (nutrition animale) et ARD (recherche en valorisations industrielles). Siclaé (1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires) est une société en commandite par actions dans laquelle les trois coopératives fondatrices du noyau dur (Champagne Céréales, Nouricia, EMC2) sont assurées de conserver la responsabilité. Tandis que le conseil de surveillance, lui, représente l’ensemble des actionnaires. Enfin, le conseil de gérance se compose d’une équipe de trois présidée par le DG de Champagne Céréales, Laurent Jubert. Le souhait du conseil de gérance est que Siclaé conserve ses racines régionales. « Siclaé est née ici, par une volonté régionale, souligne ce dernier. Les agriculteurs sont des entrepreneurs et nous voulons garder cet état d’esprit. » Les dirigeants ne doutent pas que l’estime des adhérents et des salariés se traduira un jour par des prises de participations plus franches que les 11 millions d’euros souscrits en mars dernier (soit 3,65 % du capital), quand les trésoreries des céréaliers s’y prêteront.

Les comités d’orientation stratégique

La grandeur pose des questions d’orientation et de gouvernance. Euralis, groupe à « double gouvernance », et l’union InVivo ont des conseils d’orientation stratégique (COS) consultatifs. Il y en a un seul pour Euralis, trois pour InVivo, un pour chaque métier (grains, approvisionnements, nutrition et santé animale). Le COS est constitué chez Euralis des 7 directeurs du comité exécutif et de 38 cadres. Chez InVivo, d’élus et de « personnalités qualifiées » (en tout 10 à 12 membres). Les 3 présidents des 3 COS d’InVivo sont membres du bureau du conseil d’administration. Autres personnes consultatives : les 9 « personnes qualifiées », pour la plupart des directeurs, au sein du conseil d’administration. À noter qu’InVivo réduit son conseil d’administration pléthorique aux 21 élus de coopératives les plus impliquées dans leur métier.
Sylvie CARRIAT
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Denis Verdier

Denis Verdier
Les Marchés Hebdo : Certaines coopératives, dans le secteur du lait par exemple, doivent désormais gérer les défis associés à leur grande taille. Dans le vin, diriez-vous à l’inverse que le problème des coopératives est de n’être pas assez regroupées ?

Denis Verdier : On peut trouver toutes les hypothèses dans notre filière. Une petite entreprise qui a de la valeur ajoutée (située en bord de route passagère à 85 % en circuit court) n’a pas besoin d’avoir une grande dimension. À l’inverse, si une coopérative n’a pas la dimension suffisante pour amortir des investissements ou pour exporter, elle aura des difficultés énormes. Ceci étant dit, la filière viticole pâtit aujourd’hui du fait que les metteurs en marché (négociants ou coops) n’ont pas la dimension suffisante pour aller à l’export et développer des démarches à la dimension convenable. Sur le marché français, le consommateur a l’impression que « small is beautiful » et devient très soupçonneux dès l’instant où l’entreprise est de grande taille. C’est catastrophique ! Résultat : les négociants et les coopératives ont acheté des vignes pour montrer qu’eux aussi peuvent être des vignerons. On a accentué l’idée que seule la dimension artisanale est bonne. Mais il nous manque une autre dimension pour aller à l’export.

LMH : Chamarré, qui devait faire figure d’exemple pour le secteur, vient d’être placé en redressement judiciaire. Quelle leçon doit-on tirer de cet échec ?

D. V. : Chamarré s’est peut-être fait trop vite, trop fort. Je ne suis pas un donneur de leçons. Ils ont eu le mérite de tenter les choses. C’était une belle initiative, mais peut-être que partir de zéro pour bâtir des marques à l’international est trop difficile.
Le problème de notre filière vinicole, c’est qu’elle est pauvre. Or il faudrait mettre davantage de fonds propres au départ.

LMH : Vous défendiez, il y a quelques années, l’idée de créer un fonds d’investissement permettant de restructurer la filière, où en êtes-vous de ce projet ?

D. V. : On voulait le faire de manière interprofessionnelle. Mais le négoce n’a pas été d’accord. On peut dire que l’on a échoué mais je pense que c’est une erreur de ne pas l’avoir fait.


La mirabelle a tout d’une grande

« Bien qu’étant petit, on a une stratégie. » Bruno Colin, directeur de Vegafruits, n’est pas peu fier du chemin parcouru par les coopératives lorraines dans la mirabelle. Leur union à trois (CA : 7 à 8 M€ pour environ 10 000 t de fruit) s’est étendue à divers métiers. Simple bureau commercial à l’origine, Vegafruits exerce aujourd’hui plusieurs métiers : le fruit de bouche, le frais à destination de l’industrie, la transformation. L’entreprise est soutenue par la dynamique d’investissements de l’union de coopératives. Outre la récolte et le conditionnement, Vegafruits a fortement investi dans l’agroalimentaire pour apporter au fruit la première transformation attendue. 2 M€ ont été dépensés dans un atelier de congélation. La mirabelle s’est ouvert le marché du surgelé, du yaourt. En février dernier, des produits lyophilisés Cracky Fruits ont été lancés en grandes surfaces. « L’innovation et la communication représentent nos deux piliers stratégiques », explique Bruno Colin, qui aime citer en exemple la coopérative Savéol, spécialiste de la tomate. Les recettes des plus gros inspirent même les petits.



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