Restauration |
jeudi 17 juin 2010 |
Baisse de la TVA : un anniversaire en demi-teinte
En juillet dernier, la TVA passait de 19,6 % à 5,5 % pour l’ensemble des professionnels de la restauration. Le Syndicat national des hôteliers, restaurateurs, cafetiers et traiteurs en dresse un bilan contrasté, reconnaissant que les consommateurs en ont peu profité.
Baisse des prix pour les consommateurs, relance des investissements professionnels, amélioration des conditions de travail des salariés, meilleure qualité des produits… En juillet 2009, la baisse de la TVA dans la restauration était présentée comme le remède miracle à la crise de toute une profession. Un an plus tard, le tableau est un peu moins rose. Le Synhorcat (Syndicat national des hôteliers, restaurateurs, cafetiers et traiteurs) vient de dresser un bilan mitigé pour le premier anniversaire de la baisse de la TVA à 5,5 %.
La baisse des prix est légère
Ainsi, du côté des prix à la consommation, les baisses ont été moins spectaculaires que prévu. Selon le Synhorcat, les prix ont baissé de seulement - 1,2 %. « Néanmoins, selon l’Insee, l’inflation générale a été de + 1,4 %, on peut donc considérer que les prix du secteur ont réellement baissé de -2,6 % », indique Didier Chenet, président du syndicat professionnel, qui poursuit : « Nous avons certainement fait des erreurs en faisant des promesses pour l’ensemble de la profession. En effet, certains acteurs n’ont pas joué le jeu de la baisse des prix et ont préféré d’autres choix stratégiques comme l’embauche ou l’investissement. Par conséquent, le consommateur s’est senti trahi. » Pour autant, la restauration française reste accessible par rapport aux autres pays européens. Une étude du cabinet Gira Conseil indique que 81 % des repas coûtent moins de 15 euros, 71 % moins de 10 euros pour seulement 3,5 % à plus de 30 euros.
Si du côté des consommateurs la baisse des TVA n’est donc pas vraiment une réussite, du côté des restaurateurs le bilan est beaucoup plus positif.
Emplois créés et avancées sociales
La profession se félicite du nombre d'emplois créés. Au 31 décembre 2009, les CHR (cafés hôtels restaurants) représentaient un effectif de 919 500 salariés (source Dares, mars 2010) en augmentation de 3,42 %, contrairement au recul général de l’effectif national (voir graphique). Sur le seul quatrième trimestre 2009, plus de 5 700 emplois ont été créés. Et pour 2010, la tendance semble se confirmer. Selon le Pôle emploi, 30 % des entreprises des CHR sont prêtes à recruter en 2010. Le Synhorcat, qui a également réalisé un sondage auprès de ses adhérents, note que 75 % de ses membres sont prêts à recruter cette année, soit plus 25 000 embauches en un an. 70 % des adhérents du Synhorcat se disent également ouverts au recrutement de jeunes en alternance.
Mais au delà des bénéfiques économiques que peuvent en tirer les acteurs du secteur, la baisse de la TVA a surtout permis de larges avancées sociales. L’accord du 15 décembre 2009 a été signé par trois organisations patronales et l’ensemble des organisations salariales. Depuis le 1er mars 2010 il est étendu à toute la profession. Cet accord prévoit une revalorisation de 6 % de la grille des salaires. « Il n’y a pas de smicard dans la profession même pour une première embauche à l’échelon le plus bas. Le salaire est de 25 % supérieur au droit commun (1 673 euros sur une base de 39 heures contre 1 343 euros pour le Smic sur une base de 35 heures) », explique Didier Chenet.
L’accord prévoit également le versement d’une prime annuelle, baptisée prime TVA, équivalente à 2 % du salaire annuel. Cette prime est versée à tous les salariés du secteur à la date anniversaire de la baisse de la TVA, en juillet prochain.
Mais ce n’est pas tout. Dans quelques mois, tous les salariés des CHR bénéficieront aussi d’une mutuelle. Obligatoire, celle-ci sera financée à 50 % par les salariés et à 50 % par les patrons. Cette mesure représente un budget de plus d’un milliard d’euros. Un appel d’offres est en cours pour sélectionner l’organisme de protection de santé. Il sera choisi en septembre prochain.
Caroline CARVALHO