ÉDITO |
jeudi 20 mai 2010 |
La mode des « apéros géants » témoigne surtout d’une soif de convivialité et de communication que la vie d’aujourd’hui ne parvient pas à étancher, constatent les sociologues. Il y a pourtant quelque chose qui nous chiffonne dans cette compétition entre villes et dans les débordements inévitables qu’ils occasionnent. C’est l’image que ces rassemblements donnent de la réputation des Français en matière d’art de vivre et de gastronomie. L’apéritif, qu’on le pratique en Provence ou dans le Nord-Pas-de-Calais, c’est partout un prélude au repas. Un moment d’oisiveté partagé, debout ou assis, dans l’attente des choses sérieuses. Par définition, l’apéritif est une ouverture, pas une prolongation s’éternisant jusqu’à 3 ou 4 heures du matin. En France, on consomme quelquefois, avant de passer à table, un ou deux verres de vins, pétillants ou tranquilles ; un vin d’apéritif, quelquefois un anis. Avec une fonction principale et suffisante : s’aiguiser l’appétit. Le type de consommation qu’on a pu voir, particulièrement chez les plus jeunes, n’était hélas pas celui-là. Sur les images des télévisions, on a assisté, au mieux, à la circulation de bouteilles de whisky et de vodka bon marché coupés à grand renfort de sodas ; quand ce n’était pas à l’échange de mélanges douteux préparés à l’avance dans des bouteilles en plastiques. Des années de pédagogie par les entreprises anéanties en un instant. J’ai eu beau scruter les images, je n’ai pas vu non plus les adeptes des apéros géants partager les produits phares de la gastronomie apéritive : pains de tradition, charcuterie rustique, fromages frais ou affinés. Au mieux, des cacahuètes ou des biscuits salés en sachet. On serait à la place de Sopexa, qui organise chaque année début juin un « apéritif à la française » pour promouvoir les produits agroalimentaires français à l’étranger, on se rapprocherait illico des apéros Facebook. Pour redonner un peu de bon goût à tout ça.
Bruno CARLHIAN