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Renaud de Kerpoisson

jeudi 02 septembre 2010

« Les agriculteurs vont de plus en plus gérer leur risque prix »


Renaud de Kerpoisson conseille les agriculteurs en matière de stratégie de commercialisation. Sa promesse : leur permettre de vendre dans le tiers supérieur de la campagne. Il affirme avoir développé des modèles permettant une bonne anticipation des marchés.

Les Marchés Hebdo : ODA (Offre et demande agricole) forme et conseille les agriculteurs sur les meilleurs moyens de gérer eux-mêmes la vente de leur production. Elle a connu un développement continu depuis sa création, puisque vous comptez désormais 2 500 producteurs (principalement de grandes cultures) comme clients. La volatilité des prix des matières premières que l’on a constatée dans les années 2007-2008 puis à nouveau ces derniers mois ne les a-t-elle pas conduits à plus de prudence ?

Renaud de Kerpoisson : Cela leur offre au contraire plus d’opportunités, mais aussi les oblige à une meilleure formation. L’incertitude sur l’évolution des marchés céréaliers et plus largement des commodités est effectivement plus grande aujourd’hui que par le passé. Aux influences de l’offre, de la demande et des conditions de culture se sont ajoutés des facteurs macroéconomiques qui remettent en cause les modèles en cours. Je pense aux turbulences financières, monétaires, énergétiques, etc. Des personnes formées et expérimentées ont beaucoup moins de chance de se tromper sur ces évolutions complexes qu’un agriculteur isolé qui a bien d’autres choses à considérer. ODA dispose d’un réseau sans équivalent de 25 experts des marchés et de la modélisation. Notre ambition, c’est d’apporter un service qui permette à nos clients – agriculteurs, mais aussi collecteurs et acheteurs – de devenir acteurs du marché et d’en tirer eux-mêmes les bénéfices. Notre promesse : vendre dans le tiers supérieur de la campagne.

 

LMH : Comment avez-vous acquis votre connaissance des outils de gestion du risque prix et comment avez-vous convaincu les agriculteurs de vous rejoindre ?

R. K. : J’ai acquis l’expérience pratique des marchés à terme au milieu des années 80, alors que ceux-ci n’existaient pas en France. Je travaillais alors auprès de l’Office néerlandais des viandes et de la pomme de terre où je me suis familiarisé avec les marchés à terme du porc et de la pomme de terre. Quand l’office a fermé ses portes en France, j’ai contribué, au sein de l’Onidol, à former les producteurs d’oléagineux au contrat à terme sur le colza. Puis, en 1996, est intervenu un évènement qui a tout déclenché. La coopérative à laquelle j’adhérais, en tant que producteur céréalier dans le Berry, a fait faillite. Dans cette région très éloignée des centres de consommation, les agriculteurs se trouvaient particulièrement exposés aux acheteurs. Une cinquantaine d’adhérents m’ont sollicité pour que je les forme à la connaissance des marchés, notamment aux marchés à terme. Sont venus nous rejoindre des agriculteurs du Nord, puis de la France entière et de Grande-Bretagne. C’est ainsi qu’est né ODA.

LMH : Les évolutions du marché céréalier sont-elles réellement susceptibles d’être anticipées ?

R. K. : Oui, mais cela réclame une connaissance approfondie de l’offre, région par région, et ce dès l’ensemencement. En mars, nous menons auprès de nos clients une enquête régulière sur la reprise végétative. Et dès le mois de mai, nous sommes en mesure de faire des prévisions précises de la production ; pour le blé à 400 000 tonnes près. Le marché céréalier, comme d’autres, répond à certaines constantes. Nous avons développé des modèles économétriques, en fonction de la météo ou de l’interconnexion entre les marchés. Nous avons par exemple modélisé les écarts de prix entre Chicago et Paris. Ces modèles fonctionnent bel et bien.
LMH : Les différences entre échéances sur le marché à terme sont-elles sensibles ?
R. K. : Et comment ! Un exemple pris sur le marché de Chicago : en mai dernier, le blé y était à 465 dollars le boisseau en échéance juillet 2010. Mais à 576 dollars en juillet 2011. Cela fait 24 % de différence ! Les agriculteurs doivent pouvoir jouer de ces fluctuations à leur avantage. Mais pour cela, la France doit se doter de capacités de stockage. Elles manquent et c’est dommageable aux agriculteurs.

LMH : La crainte d’une incapacité du marché céréalier de « nourrir » la planète à moyen terme vous paraît-elle fondée ?

R. K. : Non. Les gisements de productivité sont encore considérables dans de nombreuses régions du monde. En Ukraine par exemple, en quelques années certains ont triplé les rendements moyens, passant de 3 à 9 tonnes à l’hectare. On constate le même phénomène au Kazakhstan. Sans même évoquer les biotechnologies qui ont tout de même permis de faire progresser les rendements du maïs de 20 %. Pendant ce temps, incontestablement, la France perd en compétitivité.

LMH : Si les marchés à terme sont un succès en France sur les marchés céréaliers et d’oléagineux, ce n’est pas le cas en viande…

R. K : Nous apportons aussi des conseils aux éleveurs de porcs, en leur faisant calculer leurs marges sur les marchés futurs. Mais on n’a pas encore réussi à les convaincre. Nous comptons seulement une cinquantaine de clients dans ce secteur, sur 8 000 éleveurs porcins français…

LMH : La loi de modernisation agricole adoptée en juillet vous paraît-elle en mesure de sécuriser le revenu des producteurs ?

R. K. : Je regrette que le texte final ne fasse aucune référence aux marchés à terme, alors que c’était le cas dans le rapport préliminaire commun de Bercy et de l’Agriculture et dans le projet initial. Les marchés à terme permettent aux agriculteurs de s’assurer sur leur récolte, et cela ne coûte rien à la collectivité. La loi aurait pu contribuer à la création de marchés en orge fourragère, en blé dur ou même en porc. Je sais bien qu’un contrat à terme sur le lait va bientôt voir le jour sur Euronext. Mais ce n’est pas encore le tout de le créer, il est nécessaire que les opérateurs y soient formés.
Propos recueillis par Bruno carlhian

ODA, leader du conseil en gestion du risque prix

La société de « conseil et gestion du risque des prix » ODA (Offre et demande agricole) a connu, depuis sa création en 1997, une croissance d’activité de l’ordre de 25 % par an, pour atteindre un chiffre d’affaires de 3,9 millions d’euros en 2009. Elle compte une cinquantaine de collaborateurs répartis dans huit agences en France et une en Grande-Bretagne. Son activité consiste à proposer de l’information, gratuite et payante, à assister ses clients agriculteurs ou industriels dans l’élaboration de leur stratégie de commercialisation, de couverture ou d’assurance, individuellement ou dans le cadre de clubs qu’elle a créés. Elle compte actuellement près de 3 000 clients, dont 2 300 sont membres des clubs ODA. L’activité de courtage a été extraite de la société avec la création en 2007 d’Agricote (voir Les Marchés Hebdo n°51).


CVexpress

Né en 1962.

1988
Responsable en France de l’Office néerlandais de la viande et de la pomme de terre.

1992
Troisième cycle à l’Essec.

1993
Formateur sur les marchés à terme à l’Onidol (Organisation nationale interprofessionnelle des graines et fruits oléagineux).

1997
Crée Offre et demande agricole (ODA).


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